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L’indépendance au bout d’une souris Par Ulys La Fleur
écrivain
12/06/2001On a longtemps présenté Internet comme étant la fusion de toutes les cultures en une seule : la culture américaine. Ce propos était sûrement utilisé pour bercer d’illusions les novices de la nouvelle technologie. Or, la tendance semble aller à l’inverse de cette croyance. On assiste en effet à l’émergence de plusieurs cultures dont les défenseurs ont vu en la Toile un porte-voix hors du commun. Ce qui était américain à 100% l’est désormais à 90%.
Quelques adeptes d’Internet, dans l’euphorie, en sont même venus à y créer des pays imaginaires puis bon nombre d’entre eux s’en proclamer empereurs. Les systèmes sociaux, économiques et religieux sont remis en question. La carte du monde elle-même, a subi des chambardements,
aussi bien sur le plan géographique que politique. Parmi les pays virtuels, je cite l’Absurdistan, un pays sans loi, mais plein de foi où l’on souhaite un avenir meilleur pour tous ses habitants. Cela me rappelle vaguement une version virtuelle d’un pays où règne une certaine absurdité. Il n’en reste pas moins que les concepteurs de tels États sont
loin de l’épuisement pour ce qui est des idées. Une partie de leurs détracteurs se pète les bretelles et l’autre crie à l’utopie.Cependant ils risquent de rire jaune si on les exposait devant des faits beaucoup plus sérieux. Des pays, comme le Québec, pourraient très bien voir le jour par le biais de l’inforoute et peut causer l’effet boule de neige chez les indépendantistes de l’Alberta, de la Colombie-
Britannique, de l’Alaska, du Pays Basque, de la Catalogne, de l’Irlande du Nord, de l’Écosse et biens d’autres territoires en quête d’indépendance. En naviguant sur le Net, justement, je suis tombé sur un article publié dans le site Arrêt sur images (1), un cyberjournal français. On y parle de l’Irian Jaya, partageant la même île que la Papouasie-Nouvelle-Guinée (indépendante depuis 1975) et toujours annexée à l’Indonésie. Des indépendantistes de l’Irian Jaya se sont alors lancés dans la création de sites visant à promouvoir l’indépendance de cette portion de l’île. S’ajoute à tout cela l’élaboration d’un État
virtuel, qui servira à effectuer la transition vers une indépendance réelle du territoire.L’usage du courriel ne cesse de croître en popularité. Quiconque, riche ou pauvre, ayant accès aux bibliothèques ou cafés branchés et disposant de bonnes connaissances de base avec le courrier électronique peut se
procurer une adresse e-mail. Contrairement à l’envoi postal, il n’y a aucun timbre à apposer sur le courrier électronique, donc ce service est gratuit. De plus, personne n’est tenu d’en utiliser un venant de son pays. À la différence des adresses postales, un internaute québécois peut aisément faire affaire avec Caramail (français) ou bien Moncourrier (québécois). Devant cette dure réalité, le gouvernement canadien, dans sa torpeur, n’a pas tardé à adapter son si cher champ de compétence
qu’est la poste à la technologie. Pis encore, Postes Canada est devenue fournisseur d’accès Internet et fait miroiter des tarifs alléchants, par exemple un branchement gratuit à vie. Ce prétexte n’est en fait qu’un tour de passe-passe qui permet de diffuser encore plus de propagande fédérale (publicités 1-800-O-Canada), cette fois sur le Net.Le gouvernement canadien gagne presque un point sur le courrier électronique : la livraison des colis. Il est bien évident que d’ici l’invention de la téléportation, nous devrons nous contenter de la livraison par camion. Or, il est FAUX d’affirmer que seule Postes Canada a le pouvoir de livrer des colis. La seule chose qui soit vraie, c’est que cette entreprise est publique. D’ailleurs, on se donne la peine de le montrer en plaçant un unifolié à chaque bureau de poste. Par contre, les entreprises comme Purolator, Federal Express et UPS sont privées, donc non régies par l’État. On peut reconnaître facilement des
camions de ces entreprises sillonnant nos rues. Il n’y a donc rien qui empêche légalement le Québec de se doter d’une compagnie de transport faisant la livraison de colis. C’est une marchandise comme une autre. Rien n’empêche non plus, aussitôt l’indépendance du Québec faite, de nationaliser cette compagnie. Il ne faut pas se leurrer. Les choses n’étaient guère plus facile pour la nationalisation de l’électricité dans les années 60. Les Américains ne nous ont pas fait de cadeaux. Difficile, certes. Impossible, jamais.Dans un tout autre ordre d’idées, la Toile constitue une vitrine des plus efficaces pour diffuser les produits du Québec. Nous savons à quel point le fait québécois est caché des touristes étrangers quand ceux-ci entrent dans les boutiques de souvenirs, quelle que soit la région du Québec. Ces dernières sont trop souvent le théâtre de la feuille d’érable et du castor. L’iris et le harfang des neiges ont quant à eux une place plus que
modeste, soit la même qu’une contrebasse occupe dans un quatuor à cordes. Quant aux boutiques qui ne présentent pas ce manque de visibilité (par exemple, les verriers québécois), il faut par contre marcher et regarder longtemps pour les découvrir. Je pense entre autres au
magasin Roots (canadien) situé au rez-de-chaussée du Château Frontenac, donc facile à voir, au lieu d’un magasin Kanuk (québécois), qui est à Montréal, on ne sait plus ou moins où. Afin de contourner les problèmes de visibilité et de distance, le Net nous permet d’afficher des photos des produits québécois, de les nommer comme tels et de donner
toutes les informations nécessaires comme les coordonnées des endroits où on peut les trouver. Il est même possible d’y placer des plans de ville sur lesquels les trajets pour accéder aux boutiques sont tracés. On pourrait même s’inspirer de la visite virtuelle d’Ottawa pour la
reprendre pour Québec et tout autre ville.Côté musical, le Net offre des opportunités incroyables. Malgré toutes les controverses entourant Napster, les fichiers MP3 téléchargeables sont de grande utilité pour les artistes à petit budget voulant se faire
connaître de l’autre côté de l’océan, et il y a moyen de compenser pour les droits d’auteur. Cela est sans compter que des maisons de disque indépendantes peuvent effectuer un virage technologique en se créant des sites où les consommateurs de musique ont l’opportunité d’écouter et d’acheter (s’il y a lieu) sur le Net, ce qui réduit les coûts d’impression de pochettes. De plus, beaucoup de musiciens professionnels répètent à distance via Internet des morceaux communs. Ils n’ont plus besoin d’attendre de subventions provenant des deux paliers de gouvernements.Même le prix Juno devient une béquille, car, pour l’obtenir, il faut que l’artiste soit joué dans toutes les stations de radio et que les disques de ce dernier se vendent par millions. Aussi, ce prix, plus souvent qu’à son
tour, sert de ficelles à la Ministre du Patrimoine afin d’étamper son logo préféré à tort et à travers. Bref, Internet, c’est la démocratisation de la musique sous toutes ses formes.La même chose se produit avec les e-books pour la littérature. Sans pour autant bannir à tout jamais le livre de papier, ces bouquins électroniques servent de perche aux jeunes écrivains à court de financement. Il ne sera jamais trop tard d’imprimer les exemplaires sur demande afin d’économiser sur le papier et les frais d’édition. Le
Conseil des Arts du Canada et le Ministère du Patrimoine Canadien deviennent donc inutiles parce qu’ils subventionneraient des maisons d’édition virtuelles qui n’impriment pas nécessairement. Outre ces avantages, plusieurs ouvrages dégradés et jaunis avec les années
pourraient être restaurés grâce au Net. Le métier de copiste pourrait par conséquent revoir le jour. Qui ne rêve pas de voir en neuf le fameux article J’accuse d’Émile Zola ? Ou plus près de nous, les 92 Résolutions des Patriotes. Je ne serais pas surpris que les bibliothèques et les librairies fassent appel aux copistes de la Nouvelle Génération pour donner un coup de jeune à ces œuvres anciennes, question de démontrer une fois de plus que nous sommes loin d’être un peuple sans littérature.J’en arrive au dernier volet et non le moindre : le volet international. Pour faire avancer la cause de l’indépendance, il faut agir autant à l’extérieur qu’à l’intérieur du Québec. Cela est le passage obligé pour
toute reconnaissance mondiale. C’est pourquoi la création d’ambassades virtuelles s’imposent. Ces ambassades seraient des sites érigés dans plusieurs pays, tous branchés sur le Net. Le webmestre de chacun d’eux jouerait le rôle d’ambassadeur. La première mission de celui-ci consisterait à expliquer au peuple du pays où il est hébergé sur la
Toile les raisons de faire l’indépendance du Québec. La deuxième serait de créer des liens avec le pays hôte pour faciliter la reconnaissance de notre État. Bref, le travail d’un vrai ambassadeur, mais à distance. De notre côté, nous recevrions aussi des ambassades virtuelles de pays
étrangers À tout cela se rajouterait, les autres pays en quête d’indépendance. Nous serions encore moins seuls. En plus, c’est un excellent moyen pour faire naître le passeport québécois. Le Canada ne disposait même pas d’Internet quand il a réussi à faire reconnaître le sien.En guise de conclusion, Internet, d’une façon ou d’une autre, nous guide vers le chemin de l'indépendance. D’une part, ce médium promeut la cause par le contenu se trouvant sur les sites web. D’autre part, il donne un rôle au contenant pour simuler, voire réaliser, notre objectif par le biais du courriel et des cyberconférences. En fait, les seuls domaines fédéraux que le Net ne touchera pas sont la défense et l’impression de la monnaie.
Je sais que bon nombre de partisans pour l'unité canadienne n'hésitent pas se servir de la Toile. En faisant cela, ils persistent cependant à scier la branche de l’arbre sur laquelle ils sont assis et aident malgré eux à
la cause qu'ils veulent voir anéantie à tout prix. Le seul conseil que j'ai à leur livrer est de se débrancher immédiatement. Je m’attends bien à ce que ceux de la Première Génération soient réticents à voir cette réalité,
virtuelle soit-elle, en face. Ce sera donc à ceux de la dernière à faire les premiers pas. Maintenant, qui dira encore que l’idée de l’indépendance du Québec est fermée, rétrograde et dépassée? Indépendantistes de la Terre, à vos souris!Ulys La Fleur, écrivain
Québec(1) MARMIESSE, Pierre. « Les Papous étaient-ils
pipeau », Arrêt sur images, 25 janvier 2001, 3 pages.