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Les Québécois, pas plus bêtes que les autres
Réponse de Claude G. Charron à deux éditorialistes de la Presse.  Alain Dubuc:  Le Québec et les élections :  voter contre
Mario Roy:  Pour sortir la gauche du spectaculaire
24/10/2000


Éditorial de La Presse du 21 octobre : à la toute veille de la campagne électorale, Alain Dubuc réprimande les Québécois.  Ils ne devraient plus s'acharner à voter pour le Bloc, "un parti dénué de sens qui s'incruste à Ottawa sans avoir de mission".  Ce faisant, "ils neutralisent les comtés québécois", permettant ainsi "aux partis nationaux de prétendre à la victoire sans le Québec".  Tout à côté, Mario Roy s'inquiète.  Mettant en contraste les succès de la série télévisée Chartrand et Simone avec la piètre performance de la gauche au Québec, l'éditorialiste conclut que celle-ci ne serait constituée que par des gens qui vont d'un studio à l'autre perpétuer leur image de rebelles d'amphithéâtre climatisés."

Bref, à la toute veille d'une élection, les deux éditorialistes de La Presse prennent peur quant à l'intelligence de l'électorat québécois.  L'un écrit que l'on se castre au fédéral, l'autre, qu'il se sécrète ici une gauche ayant des allures de grand guignol.

À tout seigneur, tout honneur, commençons par le chef.  Dubuc tente de nous faire croire qu'en votant pour le Bloc, les Québécois sont des irresponsables.  Son mépris pour ses semblables rejoint celui exprimé quelques mois plus tôt par un de ses collègues de la presse anglophone qualifiant d'idiot votes ceux des votants oui aux référendums parce que voulant une réforme du fédéralisme.

Les Québécois sont moins bêtes que veulent le laisser croire tous les Macpherson et Dubuc réunis.  Ils s'entendent de plus en plus sur un fait: le Bloc a une grande mission à Ottawa, celle que jamais plus ne se produise le coup d'État de 1982, alors que Trudeau assoyait sa légitimité sur le seul fait que 74 députés québécois sur 75 l'aient suivi dans son dérapage.  En 1990, l'échec de Meech devait renforcer les Québécois dans leur conviction que les partis dits "nationaux" n'ont plus rien de substantiel à leur accorder.  Et ils en sont encore plus convaincus aujourd'hui, à l'heure de C-20.  À l'heure où, à coups d'unifoliés, on tente désespérément d'acheter leur âme, de troquer leur identité grâce à la version Dion de la durhamisation.

Venons en maintenant au deuxième larron de l'affaire.  Ou bien Mario Roy se leurre ou bien il tente de leurrer ses lecteurs.  Je penche personnellement pour la seconde hypothèse.  L'éditorialiste sait très bien que si la série Chartrand et Simone, la marche des femmes contre la pauvreté et le livre L'horreur économique ont eu plus de succès que l'arrivée du candidat Michel Chartrand dans un comté ouvrier contre Lucien Bouchard, ce n'est pas tant parce que la gauche, s'enfermant dans le monde de la fiction et n'embrasse plus la réalité.

Ce n'est pas la responsabilité de la gauche si Radio-Canada a décidé de s'arrêter en début de Révolution tranquille et pas au-delà, dans la production et la diffusion de Chartrand et Simone.  Roy devrait savoir qu'une telle décision va dans le même sens que celles prises par ses patrons à La Presse.  Le désir d'accorder de l'importance au Chartrand anti-Duplessis plutôt qu'au Chartrand anti-Trudeau cadre excellemment bien avec les objectifs de ceux qui dominent actuellement notre univers médiatique et qui, n'en déplaise à Roy, excellent bien plus que la gauche dans l'information-spectacle.  La Presse fait partie de cette faune.

Mario Roy devrait savoir que, faisant partie de l'équipe éditoriale de La Presse, il ne peut que pontifier maladroitement sur les vertus d'une gauche effective au Québec.  Le jour où il abordera à bras le corps les problèmes de la gauche, il devra faire un choix entre une chantalhébertisation (changement de journal) et une lesterisation (changement d'affectation).  Tant que Mario Roy n'écrira pas que la gauche ne pourra prendre son essor au Québec qu'au lendemain de l'indépendance, il n'est pas acculé à un tel choix.  Sa carrière d'éditorialiste ne sera pas non plus compromise s'il abstient d'écrire que le mode de scrutin actuel fait que voter pour un candidat de gauche permet au parti de Jean Charest, un parti encore plus à droite que le PQ, de prendre le pouvoir.

Si Mario Roy est sincère, s'il veut aider à l'émergence d'un véritable parti de gauche au Québec, il devrait avoir à cœur durant la campagne électorale qui s'amorce de dénoncer tous les partis "nationaux", NPD compris, qui ont voté pour C-20, qui sont complices des Chrétien, Dion et Coops dans leur volonté de nous acheter en tant que peuple en puisant abondamment dans nos poches de contribuables.

Bien plus que le "manque de leadership et d'ancrage populaire" des Chartrand, David et Forrester, c'est ce combat contre ces forces de l'ombre qui draine présentement toutes nos énergies.  Mais les Dubuc et Roy semblent peu intéressés à mettre leur talent au service de ce vital combat.  La trahison des clercs, c'est malheureusement dans nos salles de presse qu'elle s'est maintenant réfugiée.  Bien plus que Michel Chartrand et ses amis, se sont ces éditorialistes frileux  qui sont coupés de la population.

Claude G. Charron
Lachine, le 24 octobre 2000

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