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L'idée de l'autonomie du Québec,
une idée régénératrice
L’histoire des idées politiques
au Canada-Français et au Québec
par Gilles Rhéaume
Le projet autonomiste a pavé la voie aux idées indépendantistesLes idées traversent les époques. Le lieu et le temps ne sont que les théâtres de leurs manifestations. Théâtres incontournables, passages obligés évidemment mais ils sont des moyens, des médias qui permettent aux idées de se faire valoir. Mais les idées n’ont pas d’âge pas plus qu’elles ne sont la propriété de quiconque. Au Québec trop souvent tout se fait comme si la Révolution tranquille avait tout inventé. Comme si tout ce qui lui était antérieur relevait du trou noir et du chaos. Il en est ainsi avec le concept de l’autonomie québécoise qui n’est présentée que comme une idée duplessiste alors qu’en réalité elle est sans doute l’une des premières manifestations de la modernité de notre pensée politique. Qui plus est le projet autonomiste a pavé la voie aux idées indépendantistes qui apparaîtront finalement comme le prolongement logique et nécessaire.
La soi-disant confédération, celle qui a été imposée au Québec
L’histoire des idées politiques au Canada-Français et au Québec est farcie de leçons et de mise en garde dont la connaissance est fort enrichissante quand il s’agit d’expliquer la nature historique des revendications québécoises. Un des moments majeurs du développement du projet québécois et souvent un de ceux qui sont trop occultés, c’est celui qui a été généré dans le sillon du British North American Act de 1867. Il faut signaler que la soi-disant confédération, celle qui a été imposée au Québec que par une courte majorité parlementaire sans aucune autre forme de consultation populaire et ce, malgré les appels incessants du Parti libéral du Canada qui s’y est opposé avec toute la vigueur dont les Rouges, ces héritiers des Patriotes de 1837-1838, en faveur d’un référendum où la population du Canada-Est (qui deviendra en 1867 la Province de Québec) pourrait librement s’exprimer sur le statut politique qu’on voulait lui imposer…
L'identité québécoise
Quoi qu’il en soit de cette magouille des Bleus de John A. Macdonald et qui créa le nouvel ordre constitutionnel avec la bénédiction de Nos Seigneurs les évêques. Un des ces évêques, celui de Rimouski, Mgr Langevin, n’était nul autre que le propre frère d’un ministre fédéral… Le peuple n’a pu s’exprimer… Ainsi la Province de Québec est née. Cette nouvelle entité administrative, celle de Province qui est une mauvaise traduction française du concept de Colonie du vocabulaire politique anglais, n’était rien d’autre aux yeux de Macdonald qu’une simple instance de type municipal, aura tout de même permis l’émergence d’une nouvelle pensée politique qui entraînera peu à peu avec elle une nouvelle identité, l’identité québécoise. Cela s’est étalé, s’est prolongé sur une longue période et les événements sont venus en façonner tant la forme que le fond, tant le contenant que le contenu jusqu’à son point culminant, vers 1960, alors que le projet indépendantiste s’est installé dans l’activité politique avec le succès et les difficultés que l’on sait. Après les pionniers que furent les Barbeau, les Roy, les D’Allemagne, les Chaput et les Bourgault, c’est à René Lévesque, qui fut aussi une des premières vedettes télévisées du Québec moderne avant de devenir un des fer de lance de la Révolution tranquille aux côtés, voir en avant de Jean Lesage, que le Québec doit l’inestimable pénétration populaire du projet souverainiste…
L’autonomie nationale conçue à la fin du XIXe siècle
Entre 1867 et l’actualisation du projet souverainiste, il faut inscrire le mouvement autonomiste qui donna le goût du Québec à des générations entières. Cette idée régénératrice a fait son apparition dès les années 1880 sous la plume avertie et autorisée du Juge Loranger qui écrivit un traité de l’autonomie. Ce traité aujourd’hui introuvable est la source idéologique qui permit la rénovation de nos idées nationales dont le XXe siècle parachèvera l’expression en termes politiques. Car ce qui a été désigné comme le nationalisme canadien-francais puis québécois n’aura été possible que grâce à cette philosophie de l’autonomie nationale conçue à la fin du XIXe siècle par le savant juge Loranger qui fut également Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.
Les Canadiens-Français du Québec ont d’abord été de vrais fédéralistes. Vraisemblablement ils furent même les seuls protagonistes du projet fédéraliste. L’examen des textes constitutionnels qui a été effectué par nos premiers intellectuels a eu comme effet de développer une nouvelle pensée politique typiquement québécoise. C’est la pratique de l’expérience confédérale qui favorisa l’idée du Québec comme patrie du Canada-Français. En préconisant le recours et l’utilisation de toutes les possibilités contenues dans la constitution, les intellos du Québec ont répandu leurs idées libératrices. La Province de Québec comme régime politique a suscité une vaste réflexion nationale qui s’est déployée pendant presque cent longues années.
L’État québécois a des droits
Le Québec a des pouvoirs, des compétences qui lui sont octroyées par Londres. Il faut donc occuper tout le terrain. L’État québécois a des droits et il faut les exercer pleinement afin de sauvegarder la pérennité du fait français sur son territoire. Que ce soit en éducation, dans les services sociaux, dans le prélèvement des impôts, dans les rapports avec les autres peuples tous ces domaines appartiennent en droit au Québec et au Québec seul.
La pensée du Juge Loranger a fait des petits. Son concept fut contagieux. Toute une école nationale est ainsi apparue et elle s’est développée tout au long du XXe siècle alors que l’Association canadienne de la jeunesse catholique, que la Ligue d’Action Nationale, avec les Groulx, les Minville, les Arès et les Angers en collaboration avec l’Ordre de Jacques Cartier ont tourné toutes les pierres du patrimoine national afin de fixer des objectifs et les moyens de les poursuivre et de les atteindre. L’idée de l’autonomie du Québec et de la nécessité de posséder et d’exercer tous ses pouvoirs a convaincu des générations entières de la nécessité de penser québécois et québécois seulement…
Sans la critique systématique du fédéralisme canadien, qui fut l’œuvre du mouvement autonomiste, il n’eût été possible de construire le projet québécois par excellence, celui de la souveraineté. En l’an 2000 alors qu’Ottawa veut priver le peuple québécois de ses droits politiques les plus fondamentaux, il est pertinent de rappeler comment et combien les autonomistes sont responsables de cette immense prise de conscience qui débouche sur la souveraineté…
Gilles RHÉAUME
MSQ